Madame la Première ministre,
Mesdames, Messieurs,
Je ne listerai pas, à nouveau, vos grades et qualités.
Sachez que votre principale qualité ce soir, c’est la joie que j’éprouve de vous voir ici rassemblés.
Si je n’ai pas pu inviter toutes celles et ceux que j’avais envie d’avoir auprès de moi, je n’ai invité que des gens que j’avais envie d’avoir auprès de moi.
Pour ce moment important et émouvant, comme vous pouvez l’imaginer.
Mais je dois vous faire une confidence : dans mes différentes fonctions en tant que collaborateur parlementaire, mon cher Marc, ou en tant qu’élu, j’ai eu à écrire un grand nombre de dossiers de demande de médaille.
Et je m’étais dit que je n’accepterais jamais de médaille qui viendrait souligner mon engagement en tant qu’élu.
Parce que je pense que nous, les élus, nous avons une immense chance. Celle d’avoir été choisis par les électeurs, par nos concitoyens, par notre communauté.
Une confiance renouvelée – ou pas – tous les six ans, et c’est cela la plus belle récompense.
Alors je dois vous dire que j’étais un peu gêné lorsque j’ai appris cette nomination au grade de Chevalier dans l’ordre national du Mérite alors que je ne savais pas que la demande en avait été faite.
Et puis j’ai décidé d’accepter cette médaille.
J’ai décidé de l’accepter parce que cette nomination, par le président de la République, a été faite sur proposition du ministre de l’Europe et des Affaires étrangères. Elle vient donc souligner mon engagement au service des questions européennes.
Et c’est un engagement volontaire, supplémentaire, à mes mandats d’élu.
Un engagement supplémentaire qui crée aussi des contraintes supplémentaires pour moi mais surtout pour ma famille en termes de déplacements et d’absences. Car quand je suis à Bruxelles, à Bucarest ou à Kyiv, je ne suis pas à Plœuc-l’Hermitage, je ne suis pas avec ma famille.
Et donc, j’ai pensé, très modestement, que je pouvais l’accepter.
Cet engagement européen, il est pour moi chevillé au corps. Et c’est un héritage précieux de ma grand-mère maternelle, Hélène. Fille de petits paysans dans l’Allier, résistante à 16 ans, elle ouvrait le matin en vélo le chemin aux parachutistes anglais ayant atterri en zone occupée pour leur ouvrir la route et leur permettre de passer la ligne de démarcation.
Elle qui a rencontré mon grand-père à un bal caritatif en faveur des prisonniers de guerre, qui fut veuve à 36 ans, qui permit à ses deux filles d’être diplômées de médecine.
Elle était une fervente défenseure de la réconciliation franco-allemande et de la construction européenne. Ceux qui l’ont connue savent que c’est, sans aucun doute, elle qui est la plus fière ce soir.
Madame la Première ministre,
C’est un grand honneur pour la commune de Plœuc-l’Hermitage de vous accueillir aujourd’hui, pour une après-midi complète.
Vous vous êtes rendue à la Côte des Halles pour une visite improvisée au déjeuner d’été du Club de l’Âge d’Or pour saluer nos aînés.
Vous vous êtes ensuite rendue à l’école des Lutins à l’Hermitage-Lorge pour une longue séquence avec les élèves et la communauté pédagogique.
L’école des Lutins est une fierté pour notre équipe municipale. Elle est le symbole de notre commune nouvelle. Le rapprochement et la mutualisation, oui. Mais la concentration, non !
C’est pour cela que nous avons souhaité, avec Thierry Gouyette, maire délégué, et Françoise Le Fur, sa prédécesseure, garder à l’Hermitage-Lorge une mairie annexe rénovée et y construire une nouvelle école.
Cet après-midi, vous avez assisté à un module de sensibilisation, à destination des scolaires, autour du bien manger, par l’équipe du Patat’As, le centre européen de valorisation de la pomme de terre, car on ne peut pas passer à Plœuc-l’Hermitage sans parler … de pommes de terre !
Vous avez ensuite animé une réunion avec une délégation de maires ruraux du département, en mairie, avant cette cérémonie.
Que chacun mesure bien, à cet instant, la chance que nous avons de bénéficier ainsi de l’attention de la ministre de l’Éducation nationale, ministre d’État, ancienne Première ministre de la France.
Car si Plœuc-l’Hermitage est évidemment la plus belle commune de France, il y en a tout de même 34 954 autres…
Madame la Première ministre, Plœuc-l’Hermitage est une commune dynamique.
Nous avons
- cinq écoles et deux collèges,
- une gendarmerie (propriété de la mairie récemment rénovée avec le soutien de l’État), je salue les gendarmes,
- un centre d’incendie et de secours, je salue les pompiers,
- un pôle de proximité de l’agglomération, je salue mes collègues élus
- une Maison France Service,
- un collectif de santé dynamique,
- un collectif des chefs d’entreprise qui vient de se créer.
Et même ! … un bureau de délivrance des titres d’identité.
Nous avons même eu six bureaux à l’été 2023, sous votre primature.
En effet, Plœuc-l’Hermitage était l’un des trois titrodromes de Bretagne, ces lieux chargés de désengorger les demandes en pièces d’identité et passeports.
Un des trois titrodromes bretons avec Cesson-Sévigné et Brest … excusez du peu !
Nous avons d’ailleurs, à cette occasion, inventé le concept de « tourisme administratif », selon les mots de votre prédécesseur, Monsieur le Préfet.
Puisque nous recevions 1000 personnes par semaine qui découvraient à cette occasion les richesses de notre commune … et les bonnes adresses !
Nous pouvons parler d’une ruralité heureuse, dynamique et qui va de l’avant !
Et Madame la Première ministre, à Plœuc-l’Hermitage, nous savons ce que nous vous devons.
En effet, c’est grâce à vous, à votre réforme des zones de revitalisation rurale, les ZRR, devenues France Ruralité Revitalisation, sur la proposition de mon amie Dominique Faure, alors ministre déléguée en charge des ruralités, que le zonage a été modifié et que Plœuc-l’Hermitage a intégré le dispositif.
Cela nous a permis une bonification des dotations d’État pour notre commune, mais aussi des avantages fiscaux et sociaux pour les entreprises, artisans et professions libérales. Avec un effet immédiat : l’installation d’un nouveau médecin et plusieurs contacts en cours.
D’ailleurs, la première fois que nous nous sommes vus, je m’en souviens parfaitement – vous sans doute moins – c’était le 15 juin 2023, dans la Nièvre, pour la présentation du nouveau dispositif France Ruralité Revitalisation.
J’y étais invité en ma qualité de président de Leader France, la fédération nationale des territoires ruraux, que je préside.
Et j’avais alors découvert, Mesdames et Messieurs, et apprécié une personnalité qui est un subtil équilibre entre la préfète de région – sa hauteur de vue, sa maîtrise des dossiers, sa rigueur – et la députée d’une circonscription rurale du Calvados nommée Première ministre.
Je me souviens aussi de ce triste 15 juillet 2023, au matin. Nous avions découvert le site de la Butte Rouge profané. Ce site, à l’Hermitage-Lorge, où ont été assassinés 55 résistants par la Gestapo en juillet 1944. La stèle, les tombes étaient recouvertes d’inscriptions et de slogans nazis et antisémites.
Avec Catherine Le Chêne et Élisabeth Conan, les co-présidentes de l’association pour la mémoire de la Butte Rouge, et Thierry Gouyette, nous étions encore sous le choc lorsque vous m’avez appelé pour nous assurer, toutes et tous, de votre soutien et de la mobilisation de la gendarmerie pour tenter de retrouver les auteurs de ces actes odieux.
Vous aviez ensuite fait déposer en votre nom, par Monsieur le préfet, une gerbe lors de la cérémonie marquant la remise en état du site.
Je sais que les atrocités du régime nazi ont un triste écho dans votre cœur, et je tenais à vous remercier à nouveau, Madame la Première ministre, d’avoir été à nos côtés dans cette épreuve.
Pour en revenir à mon parcours,
J’ai commencé, tout juste diplômé, comme directeur de cabinet du maire de Plérin.
Et je me suis présenté pour la première fois à une élection, peu s’en souviennent, lors des élections européennes de 2004. J’étais le benjamin de la liste de Roselyne Bachelot et benjamin national, tout juste âgé de 23 ans, âge minimum pour se présenter aux élections européennes à l’époque.
Je garde un fabuleux souvenir de cette campagne auprès de Roselyne Bachelot. Mon statut de benjamin faisait qu’elle m’emmenait partout. J’ai ainsi fait de magnifiques rencontres : Alain Juppé, patron de l’UMP à l’époque, Jean-Louis Borloo, original mais tellement créatif … et le président Chirac un dimanche soir de juin dans les jardins du palais de l’Élysée.
Mais j’ai vraiment commencé à travailler les questions européennes en 2008, lorsque Marc Le Fur m’a recruté pour gérer le programme Leader, programme européen de développement rural, des cantons de Quintin, Plœuc-sur-Lié et Moncontour.
J’ai ensuite rejoint Marc à l’Assemblée nationale, me partageant entre Paris et la circonscription jusque 2015. Sept années ô combien formatrices.
Mais j’ai une revendication, concernant un sujet que vous maîtrisez, Madame la Première ministre.
Vous connaissez Marc Le Fur et son hyperactivité : ces sept années de travail à ses côtés … devraient compter double pour la retraite !
Merci donc mon cher Marc pour ta confiance. Durant ces années, nous avons partagé de grandes joies, de grandes victoires et d’immenses peines. De celles qui créent des liens indéfectibles.
Je sais aussi, Marc, combien nous te devons pour la victoire de notre équipe aux municipales de 2014 à Plœuc-sur-Lié, dans une commune qui n’avait jamais connu l’alternance. Certains pensaient que c’était impossible, et pourtant nous l’avons fait !
Plœuc-sur-Lié était alors membre de la communauté de communes Centre Armor Puissance 4. Une communauté de communes rurales à taille humaine … que nous regrettons.
J’ai apprécié travailler avec mes collègues maires. Et je salue la présence de Joseph Le Vée qui présidait notre communauté de communes et auprès de qui j’ai beaucoup appris également.
J’aime travailler en binôme : en 2014, j’ai annoncé ma candidature à Plœuc-sur-Lié avec Marie-Pierre Rault, qui deviendra première adjointe, et en 2015 je me suis présenté aux élections cantonales avec Delphine Martin.
Après notre victoire, j’ai été élu, par l’assemblée départementale, 1er vice-président en charge de l’administration générale des services, des ressources humaines, des solidarités territoriales … et de l’Europe, évidement.
Vous comprendrez donc pourquoi je suis attristé de voir le Conseil départemental annoncer cette semaine la fermeture du centre d’information Europe Direct que j’ai créé en 2017.
Animateur du programme Leader des cantons de Quintin, Plœuc-sur-Lié et Moncontour sous la présidence de Marc Le Fur, j’en suis devenu président en 2014. Puis j’ai pris la présidence du réseau national, Leader France, en 2015, puis du réseau européen en 2023 et 2024, qui regroupe 2 600 territoires dans 29 pays.
Je n’oublierai pas une autre personne qui a beaucoup compté dans mon modeste parcours : Agnès Le Brun, ancienne maire de Morlaix et députée au Parlement européen. C’est toi Agnès, vice-présidente de l’Association des Maires de France à l’époque, qui m’a présenté un jour à un certain François Baroin.
J’ai ainsi pu intégrer le Comité directeur de l’AMF, devenir co-président de la commission Europe et être nommé au Comité européen des régions ainsi qu’au Congrès des pouvoirs locaux et régionaux du Conseil de l’Europe.
Madame la Première Ministre,
La commune de Plœuc-l’Hermitage est une commune originale, de par la valorisation de la pomme de terre, le site de la Côte des Halles internationalement reconnu pour le VTT, mais aussi par son ouverture à l’Europe.
Nous avons, dans une commune de 4 200 habitants, un « service Europe » et de nombreuses coopérations en cours dans le cadre des programmes Interreg et Erasmus+, notamment.
Nous venons même d’obtenir 20 000 € pour notre club des ados au titre du programme Erasmus+ « Participation des jeunes » qui vont ainsi pouvoir travailler sur la citoyenneté européenne, la lutte contre la désinformation sur les réseaux sociaux et visiter les institutions européennes à Bruxelles.
Nous avons plusieurs communes partenaires en Pologne, République tchèque, Roumanie, Croatie, Espagne… Mais ce soir, je voudrais avoir une pensée pour nos partenaires et amis d’Ovroutch en Ukraine.
À la frontière avec la Biélorussie, ils sont survolés chaque nuit par des dizaines de drones russes en route vers Kyiv. Nombreux sont ces drones qui sont abattus par la garde territoriale, c’est-à-dire des hommes qui se relaient chaque nuit.
Après avoir accueilli une délégation d’élus et un groupe de jeunes en séjour de répit, et alors que je m’y suis rendu à deux reprises, nous espérons pouvoir renforcer notre coopération dans les mois qui viennent grâce à plusieurs dossiers que nous avons déposés auprès de l’Union européenne… et leur faire le plus bel accueil lors de La Pomme de Terre en Fête en septembre prochain.
Engagements locaux, engagements européens, je voudrais remercier toutes celles et ceux avec qui je travaille au quotidien à la mairie, à la résidence Louis Morel, à Leader France et dans les autres instances dans lesquelles je siège. C’est une chance pour moi de les avoir, espérons que ce soit réciproque.
La première qualité d’un élu, c’est de savoir s’entourer. Je pense que si j’ai une qualité, c’est celle-là, car je suis bien entouré.
Mais en Bretagne, chaque marin, pour partir loin, doit avoir un port d’attache. J’ai la chance d’avoir un port d’attache : Plœuc-l’Hermitage, mais avec deux anneaux : Plœuc-sur-Lié et l’Hermitage-Lorge.
Alors, je me suis amusé à retenir deux souvenirs pour illustrer ce propos.
Un souvenir local et un souvenir européen.
Un souvenir local ? Le 23 mars 2014, évidemment. Nous venions d’être élus avec mon équipe à Plœuc-sur-Lié… et je rencontrais la fille d’un conseiller municipal fraîchement élu, Gérard. Et avec Hélène, nous allions nous marier en 2017.
J’ajouterai le 14 septembre 2016, date du vote des conseils municipaux de Plœuc-sur-Lié et de l’Hermitage-Lorge en faveur de la création de la première commune nouvelle du département. Nous avons été innovants, ambitieux… et l’avenir, je pense, nous a donné raison.
Un souvenir européen ? C’est évidemment d’avoir accompagné le président de la République en voyage officiel en Islande, pour le sommet des chefs d’État du Conseil de l’Europe, Conseil de l’Europe au sein duquel je présidais la délégation française au Congrès des pouvoirs locaux et régionaux.
Avoir côtoyé ainsi le président de la République me permet de confirmer certaines choses qu’on lit parfois dans la presse.
Oui, il aime débattre, confronter les idées jusque tard dans la nuit.
Et oui, il dort peu. Ainsi, quand nous nous sommes quittés à deux heures et demie du matin, il m’a dit : « Prépare tes baskets, on va voir les paysages demain à 5h30. » Il me restait donc trois heures pour… trouver des baskets à mettre avec mon costume-cravate et partir, avec Emmanuel Macron, dans la faille d’Almannagjá, qui sépare la plaque continentale américaine de la plaque eurasienne.
Autant vous dire que je n’ai pas beaucoup dormi cette nuit-là.
Pour conclure par le plus important… je voudrais adresser un remerciement tout particulier à ma famille.
Mon cher papa, présent ce soir, qui m’a toujours suivi dans mes aventures. Mon épouse, Hélène. Pour sa patience et son soutien, chaque jour. Pour accepter les contraintes de ma vie d’élu local engagé pour les questions européennes. Et pour assumer et assurer auprès de nos enfants.
C’est elle qui mériterait d’être décorée dans l’ordre – familial – du mérite.
Et aussi parce qu’elle nous a donné mes deux plus belles médailles, Jules et Louis. Difficile de cacher que bientôt, nous aurons une médaille supplémentaire agrafée à nos deux cœurs. Merci chérie.
Et quel clin d’œil d’accueillir à Plœuc-l’Hermitage la ministre de l’Éducation… le jour où Louis a fait sa première journée complète à l’école en prévision de la rentrée de septembre.
C’est une étape importante pour un enfant… et pour ses parents !
Allez Louis, c’est parti pour 20 ans !
Nos enfants, c’est ce que nous avons de plus précieux et, finalement, que ce soit au niveau local, national ou européen… tout ce que nous faisons, nous le faisons pour eux ! Pour leur avenir.
Et aujourd’hui, dans un monde qui s’enflamme, nous avons besoin, plus que jamais, de l’Union européenne pour défendre nos valeurs de liberté, de démocratie, d’égalité entre les femmes et les hommes.
Alors, à toutes et tous : famille, amis, merci encore de votre présence ce soir.
Pour conclure, permettez-moi de faire mienne cette citation de Victor Hugo : « Ce que j’ai fait, je vous le dois. Si je suis ce que je suis, je le suis… grâce à vous. »
Je vous remercie.